les hommes de lettres et l'enfer du Chemin des Dames
les hommes de lettres et l'enfer du Chemin des Dames

Ils ont vécu près du Chemin... ils nous ont laissé leurs écrits .


Philosophes, écrivains et poètes ont vécu près du Chemin des Dames un séjour douloureux .

Dans l'atroce conflit, l'esprit d'analyse du littéraire et le pouvoir poétique sont mis à rude épreuve .
L'écriture... dernier refuge, un moyen de lutte contre l'aliénation et l'abrutissement ?
Les oeuvres rédigées à cette époque sont autant de lectures édifiantes , de précieux témoignages sur le pouvoir de la pensée .

photo de la stele d'Apollinaire au bois des buttes

Un poète, Apollinaire.

Document unique sur la vie des combattants de la Grande Guerre, les lettres à Madeleine ont une grande valeur biographique et historique .
Habitué au confort parisien , voici Apollinaire plongé dans le chaos d'un monde rude , masculin et précaire .
Sous officier d'artillerie , puis officier d'infanterie , il vit dans la tranchée où , plus bas que terre, exposé aux engins de guerre les plus redoutables , il couche à même le sol , s'enfonce dans la boue...
Ami fidèle , il pleure ses camarades morts. Officier généreux , il tache d'améliorer les pitoyables conditions de vie de la trentaine d'hommes dont-il partage le sort . Comment tenir ? Comment ne pas céder à l'abrutissement ?
Engagé volontaire , Apollinaire a une confiance éperdue en son imagination et en ses facultés créatrices . Jusqu'où la création peut-elle défendre la vie , transmuer la guerre...
Aimer Madeleine et le lui écrire , tel est son souci et son salut...

extraits de "lettres à Madeleine"

Lueurs

La montre est à côté de la bougie qui végète derrière un écran fait avec le fer-blanc d'un seau à confiture
Tu tiens à la main gauche le chronomètre que tu déclanches au moment voulu
De la droite tu te tiens prêt à pointer l'alidade du triangle de visée sur les soudaines lueurs lointaines
Tu pointes cependant que tu déclanches le chronomètre et tu l'arrêtes quand tu entends l'éclatement
Tu notes l'heure , le nombre de coups , le calibre , la dérive , le nombre de secondes écoulées entre la lueur et la détonation
Tu regardes sans te détourner , tu regardes à travers l'embrasure
Les fusées dansent les bombes éclatent et les lueurs paraissent
Tandis que s'élève la simple et rude symphonie de la guerre
Ainsi dans la vie , mon amour , nous pointons notre coeur et notre attentive piété
Vers les lueurs inconnues et hostiles qui ornent l'horizon le peuplent et nous dirigent
Et le poète est cet observateur de la vie et il invente les lueurs innombrables des mystères qu'il faut repérer
Connaître ô lueurs , ô mon très cher amour !
Gui
éd. folio

la maison d'Alain, 2,rue de Neuville Paissy 02160

un philosophe, Alain

Alain, de son vrai nom Emile-Auguste Chartier , est un philosophe, journaliste, essayiste et professeur de français.
Avant la guerre, il milite pour le pacifisme. A l'approche de la guerre, Alain milite pour le pacifisme. Lorsque celle-ci est déclarée, bien que non mobilisable, il s'engage pour satisfaire ses devoirs de citoyen.
Brigadier au 3e régiment d'artillerie, il refuse toutes les propositions de promotion à un grade supérieur. Le 23 mai 1916, il se broie le pied dans un rayon de charrue lors d'un transport de munitions vers Verdun.
Après quelques semaines d'hospitalisation, il est affecté au service de météorologie, puis il est démobilisé en 1917.
Ayant vu de près les atrocités de la Grande Guerre, il publie en 1921 son célèbre pamphlet Mars ou la guerre jugée.

extraits Mars ou la guerre jugée (1936)


Ce qu'ont pensé, ce que pensent maintenant les hommes qui furent crochets, harpons ou aiguillons pour rassembler, tirer et pousser les hommes vers la région terrible, je n'essaie point de le deviner ; ces visages à forme humaine fatiguent l'observation par un sérieux mécanique.
Du moins, comme j'étais mêlé au troupeau des malheureux, j'ai connu le désespoir sans paroles de l'homme assis sur son lit, équipé à neuf, attendant l'appel du clairon. C'étaient des blessés à moitié guéris . Ils avaient tenté de gagner un jour ou deux et quelques-uns y avaient réussi . C'est quelque chose qu'un jour ou deux de vie, mais enfin on en voit le bout .
En route donc, tirant le pied, avec tout le bagage sur le dos . L'excès de la fatigue supprime ces rêveries amères qui aggravent nos maux ; on est assez content de faire le chemin ; on ne pense qu'à cela. Néanmoins presque tous cédaient à un instinct fort, qui les détournait. Ces voyages sont lents ; il y a des arrêts inespérés ; à la guerre tout se fait lentement et le temps passe vite.
Comme il est aisé de manquer un train, le petit détachement fondit en route. Les sacs et les armes restaient sur les banquettes. Cependant le système allait son train, avec cette patience des mécaniques, dont les résultats étonnent toujours .
Un sergent, qui représentait l'invisible commissaire de la gare, seigneur tout-puissant, un sergent donc, comme je lui remettais tous ces équipements abandonnés, disait : Il y en a toujours qui s'échappent ; mais on les retrouvera ; où voulez-vous qu'ils aillent ?
Cette tranquillité réussit à enlever tout espoir, et c'est le mieux. Cependant à mesure que les baraques couvrent une plus grande étendue, et que le vêtement civil devient plus rare, il est laissé plus de liberté à l'homme, et c'est la preuve qu'il n'en peut rien faire.
Comme ces épis appelés ramoneurs, que tout mouvement pousse dans le même sens, ainsi tous les mouvements de fantaisie sont orientés dans la même direction . Le gendarme vous indique la route à suivre ; libre à vous de vous asseoir, de manger et boire, de dormir sur quelque triangle d'herbe entre ces deux pistes de boue . Je revois d'autres hommes silencieux, inertes ; comme si le système les avait oubliés au bord de la route. Comme ces poussières oubliées par le premier balai tournant, le second les ramasse ; et il y a un troisième balai derrière .
Mais ici, pour ces hommes, nulle contrainte visible ; seulement ce désert est assez éloquent ; ce n'est qu'un passage ; ces pistes boueuses saisissent l'attention ; bientôt les jambes suivent. Dès que l'on tourne la tête, on aperçoit cet arrière, unanime pour dire non aux malheureux, l'arrière impitoyable qui attend que l'on soit parti. Lorsque tant de volontés humaines et tant de traces humaines font saisir le même conseil muet , l'homme quelquefois se hâte , afin de moins subir ; et c'est le premier retour du courage .
Voici la dernière baraque, et voilà le dernier gendarme . Ici la pression est nulle . Ici le système de l'arrière ferme sa dernière vanne . Tout ce qui a dépassé ce point est pour la guerre, sans aucun doute pour personne. L'action continuelle de l'ennemi, maintenant sensible, termine toutes les délibérations ; l'homme n'a qu'une place , en ce jeu serré ; il la cherche ; il ne peut être ailleurs .
Bien vainement cette ligne volcanique, au crépuscule, illumine les nuages ; ici est comme déposée cette peur d'imagination qui coupe les jambes . La peur n'est plus à présent qu'une émotion brutale, imprévisible , et qui ne laisse point de traces . Le danger a une forme , et le soldat retrouve son métier .
Jusque-là tous ces hommes qui vous poussent offrent l'image abjecte de la peur bien établie , spectacle qui nourrit peur, haine, tristesse .
Maintenant ces frères de misère inspirent confiance et fraternité. Tout à l'heure la même question revenait toujours :Pourquoi moi, et non pas eux ? Contre quoi le système exerçait sa pression mesurée . Maintenant au contraire chacun se dit : Pourquoi eux et non pas moi ?
C'est pourquoi vous le voyez qui va à son poste d'un pas décidé, comme Régulus retournant . Et c'est le deuxième retour du courage .
Alain (Emile Chartier), Mars ou la guerre jugée (1936)

la maison d'Alain, 2,rue de Neuville Paissy 02160

un romancien, journaliste : Yves Gibeau

Fils de militaire, Yves Gibeau passe une partie de sa jeunesse sous l'uniforme de 1934 à 1939.
D'abord enfant de troupe aux Andelys puis à Tulle , il est mobilisé en 1939 et , en 1940, prisonnier de guerre . Il est rapatrié d'Allemagne en décembre 1941 et gagne ensuite sa vie à l'aide de petits boulots .
Il exerce quelque temps le métier de chansonnier, devient à la Libération journaliste à Combat , puis rédacteur en chef du journal Constellation .
Il conserve de son expérience sous les drapeaux des convictions résolument pacifistes et une haine tenace de la chose militaire . Dans son ouvrage le plus connu , Allons z'enfants , paru en 1952 , il revient sur son passé d'enfant de troupe en décrivant un milieu caractérisé par la bêtise et la brutalité .
Il réside à partir de 1981 dans l'ancien presbytère à Roucy (Aisne). Fervent amateur de bicyclette et cruciverbiste, il tient pendant plusieurs années et jusqu'à sa mort la rubrique mots croisés du magazine L'Express.
Le prix Yves Gibeau , décerné par un jury composé de collégiens et lycéens volontaires, récompense une oeuvre littéraire choisie parmi cinq ouvrages d'auteurs contemporains parus en édition de poche.

Décédé le 14 octobre 1994 , Yves Gibeau a tenu à être enterré dans le cimetière du vieux Craonne , village détruit pendant la Première Guerre mondiale . Sa dernière demeure , le magnifique presbytère de Roucy est délabré...

NEWS

Présentation de la Biographie du poète, ouvrage de Laurence Campa , qui fait référence par sa précision et la clarté de son écriture.
Voyez l'article actu concernant la 11ème journée du livre de Craonne 2013
 coup de projecteur  

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Les lecteurs de littérature locale apprécieront la  bibliothèque  du Gîte La Paisible .
La période 14-18 est particulièrement fournie .

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photo exterieure d'un habitat troglodyte

les brancardiers-fusain
Teilhard de Chardin , brancardier

info dans la chapelle-école du père Theilard
la chapelle-école de Paissy en 1917

photo de Yves Gibeau au Cimetière ruiné de Craonne
Tombe Gibeau au vieux Craonne

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